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[L]e Saut de L'Ange (26 Février 2005)

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L'idée de ce texte n'est pourtant pas un sentiment que j'ai un jour ressenti, le suicide, mettre un terme à ma vie...Une pensée bien opposée à ce que je suis...

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Le Saut de L'Ange

 

Les personnages de fictions sont des marionnettes bien malléables, on écrit leur vie, leurs désirs, leurs envies…leur perte…On crée de toute pièce des êtres fictifs à partir de rien, du néant naissent des vies et des morts. J'aime créer la vie, suspendre le temps, retenir par cette plume qui est ma main, le destin d'êtres de papier et d'encre.
C'est se prendre pour dieu que d'écrire, c'est croire que l'on pourrait faire mieux que lui, mais avec ces outils désuets que sont les mots.
J'aime retenir le souffle de mes personnages à la pointe de ma plume, les suspendre dans le vide, puis…puis les élever, les faire espérer une fois de plus, comme pour mieux les laisser tomber…juste une dernière fois…

Cette histoire est celle de millions de personnes de part de monde, l'histoire d'anges qui ne rêvent plus depuis trop de temps pour espérer voir le soleil se lever de nouveau au delà des tourelles de béton blafard de nos villes. Des anges qui sont devenus aveugles depuis trop de temps à force de trop scruter le ciel dans l'espoir d'un renouveau. Nous sommes tous issus de la même matrice originelle, de la poussière d'étoiles; ce qui te compose composa les créations les plus nobles et parfaites de cet univers : les astres.

Encore un jour où le soleil ne se donnera pas la peine de se lever, les étoiles ont laissées place à un ciel grisâtre, duveteux…Un ange se tient là, au plus prés d'elles, au plus prés du ciel, tout en haut d'un immeuble de béton gris. La pluie grasse et abondante fait luire le bitume de la chaussée, là, tout en bas.

Les deux pieds dans le vide, l'ange regarde le ciel de ses yeux mort, attendant comme nombre de ses frères un signe qui tarde à venir. Immobile, stoïque sous les larmes du ciel, les cheveux collés le long de son visage où le temps n'a pas encore pu marquer la trace de son passage, les ailes repliées autour de son corps frêle; une partie de lui est déjà ailleurs, l'autre n'attend qu'un pas, qu'un geste pour la rejoindre.

Devant lui s'étend la ville, immense; elle semble amorphe mais elle s'éveille seulement, encore comateuse de sa nuit. Et déjà le désir de vivre pulse dans ses artères. L'horizon est bouché de ces multiples avenues qui s'emmêlent, cheminent, s'anastomosent; charriant vie et lie dans ses entrailles, bouche affamée aux mille âmes, jamais rassasiée.

Existe-il seulement, lui, aux yeux des autres ? Il se sent oublié, seul, il n'est qu'un morceau d'un tout parmi tant d'autres, et pourtant lui autant qu'un autre aspire à vivre.

Le vent joue avec ses cheveux, à ses oreilles il lui promet bonheur et plaisir. La pluie se fait moins pesante et pourtant ses épaules restent trop fragiles, trop faibles pour porter le poids de la vie, le poids d'un monde qui n'est pas le sien. Le vide l'attire, lui promettant délivrance de ces chaînes trop lourdes pour lui, ces chaînes qui entravent ses mouvements, sa survie. Rien qu'un pas, la rédemption est si proche, et le désir si grand, un simple pas comme un trait qu'on tire sur une erreur. A quoi bon rester, personne ne s'apercevra de son départ, il n'est qu'un parmi d'autres, une simple goutte. Un prototype raté.

Alors l'ange prend son envol, ses chétives ailes suintantes s'étendent comme pour embraser la terre, comme pour éclipser le soleil ne serait-ce qu'un instant. Il s'envole, avec dans son cœur l'espoir. Il chute plus qu'il ne vole, mais cette sensation le grise et l'enivre.

Puis…le temps le suspend là comme une marionnette au bout de ses fils, dans le vide…

Ses yeux morts s'ouvrent alors pour la première fois devant une vision qu'il n'a jamais aperçue. En lui s'ouvre telle une fleur un sentiment jusqu'alors inconnu, un sentiment qui se répand en lui, inondant son corps, irisant sa peau, colorant ses prunelles blanches de scintillement d'étoiles. Une sensation de tendre chaleur l'envahi, sa peau frémit, son souffle se fait plus rapide, plus saccadé, il halète. Une étreinte fugace et éphémère, un frison court entre ses reins, du sentiment naît un manque…

De la simple sensation il ne reste qu'une envie, un désir. Le désir de sentir à nouveau ce sentiment si grisant, si puissant, mais déjà le sol se rapproche avec la promesse d'un baiser ultime, et la vie, ironique, lui susurre un dernier mot à l'oreille :

…bonheur...